Agriculture et environnement : la cause semblait entendue…

 


par Jacques Caplat
Caplat

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La cause semblait entendue…
De plus en plus d’études démontrent les ravages causés par les pesticides sur la santé humaine et environnementale (abeilles et pollinisateurs sauvages, sol, eau…), tandis que des paysans, notamment en agriculture biologique, font la preuve de l’efficacité de techniques alternatives. Les travaux des éthologues comme des économistes prouvent que l’élevage industriel est à la fois un scandale éthique et un terrible destructeur d’emplois. Les dernières statistiques établissent que les OGM n’apportent aucun bénéfice économique aux agriculteurs, augmentent leur dépendance vis-à-vis de l’agro-industrie et conduisent au développement de plantes ultra-résistantes puis à l’augmentation des doses de pesticides.

 

L’actualité de la lutte contre le dérèglement climatique impose de se préoccuper de la gabegie énergétique de l’agriculture industrielle et chimique, et de promouvoir des agricultures plus résilientes, c’est-à-dire moins gourmandes en eau notamment. Toutes les enquêtes d’opinion confirment que les citoyens souhaitent dans leur immense majorité une agriculture respectueuse des territoires, de l’environnement et des humains. La Cour des Comptes elle-même s’alarme de voir l’argent des contribuables servir à financer des pratiques agricoles défavorables à la protection de la ressource en eau, selon une incompréhensible logique « pollueurs-payés ».

 

L’ouverture du Salon de l’Agriculture offrait une bonne occasion pour annoncer la prise en compte de ces évidences et de ces nécessités vitales. En cohérence avec ses déclarations d’intentions en matière d’agroécologie, Stéphane Le Foll allait obligatoirement débloquer enfin les fonds nécessaires pour respecter son plan théorique de développement de l’agriculture biologique, annoncer des mesures pour stopper l’implantation de fermes-usines, confirmer le refus des OGM agricoles, réformer la recherche agronomique et l’enseignement agricole, promouvoir des variétés végétales plus adaptées à des étés secs de façon à éviter le recours aveugle à une irrigation destructrice des milieux.

 

Étrangement, c’est exactement l’inverse qui vient de se produire. Dans une vidéo ahurissante, le ministre de l’Agriculture fait une véritable déclaration d’amour à l’agriculture industrielle, se permettant même l’audace d’accuser ceux qui contestent sa prétendue nécessité. Et, à l’inverse de ses déclarations formelles en faveur de l’agriculture biologique contredites par l’absence délibérée de moyens pour son développement, cette fois-ci les actes suivent : après avoir relevé il y a un an le seuil d’agrandissement automatique des élevages porcins, Stéphane Le Foll annonce une prochaine mesure similaire en faveur du gigantisme des usines de volailles hors-sol. Relance des « OGM de deuxième génération » dont les VrTH (variétés rendues tolérantes aux herbicides), accélération des constructions de retenues d’eau pour l’irrigation… N’en jetez plus !

 

Est-ce à dire que les intérêts des grands groupes agro-alimentaires, dont la FNSEA se fait hélas le relais au détriment de ses adhérents, passent avant ceux des citoyens et de la planète ? Il est étonnant que les agriculteurs, premières victimes de cette industrialisation, la soutiennent dans leur apparente majorité. Pourtant, « agrandir les exploitations » signifie mécaniquement… en supprimer une partie ! et donc jeter des agriculteurs au chômage.

 

Le cas de l’élevage porcin est édifiant : la mesure facilitant leur agrandissement, prise en catimini il y a un peu plus d’un an pour « suivre » le mouvement international de concentration industrielle, n’a conduit qu’à aggraver la crise par une baisse continue des cours, à ruiner encore plus d’éleveurs, et à délocaliser encore plus l’abattage au détriment de l’emploi agro-alimentaire français.

 

C’est ce fiasco social que le gouvernement veut transposer chez les volailles – sans oublier les dégâts environnementaux qui en découlent ? Le fait que le président du principal groupe agro-industriel français (cf. l’excellente enquête de Reporterre) soit également président de la FNSEA est-il pour quelque chose dans cette course en avant paradoxale ?

 

Il serait temps que le Salon de l’Agriculture devienne autre chose qu’une vitrine complaisante d’un « modèle » agro-industriel dépassé et néfaste. Et si les terroirs cessaient d’être une ode au chauvinisme régional pour redevenir des lieux d’échange stimulants entre paysans et citoyens, où le « local » ne peut avoir de sens que si les pratiques sont respectueuses de l’environnement et des riverains ? Et si la modernité consistait à redonner aux paysans la maîtrise de leurs outils et de leurs choix au lieu de les rendre dépendants des multinationales ? Et si l’agriculture retrouvait sa capacité d’adaptation aux changements (notamment climatiques) au lieu de prétendre contraindre le territoire et les citoyens à s’adapter aux logiques industrielles ?

 

La cause semblait entendue. Mais il n’est pire sourd…

 

Jacques Caplat est agronome, auteur de L’agriculture biologique pour nourrir l’humanité (Actes Sud, 2012) et Changeons d’agriculture (Actes Sud, 2014), administrateur d’Agir Pour l’Environnement. Retrouvez son blog en cliquant ici.

 

 


 

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