La fabrique du mensonge – comment les industriels manipulent la science et nous mettent en danger

mensonge
Journaliste scientifique au quotidien Le Monde, Stéphane Foucart a enquêté  sur le détournement de la science par les multinationales.  Des pesticides  aux perturbateurs endocriniens et aux OGM, de l’amiante aux gaz de schiste, sans oublier les manœuvres de l’industrie du tabac ou les atermoiements  des climato-sceptiques, il décrypte avec précision les mécanismes de la désinformation.

La science est de plus en plus pervertie par les intérêts des industriels ; le funding effect a comme corollaire des armées de communicants avec leurs « écuries d’experts » (1) complaisants. La novlangue issue de cette science – à but fort lucratif – se forge dans les agences de communication. L’objectif est de créer du doute et de l’ignorance, semer la confusion dans les esprits, au besoin jeter l’opprobre sur des chercheurs qui dérangent. Et à ce jeu redoutable du lobbying scientifique les géants de l’agroalimentaire, de la pharmacie, de la chimie, de l’agrochimie etc. font front commun.

C’est l’industrie du tabac qui a ouvert la voie de l’instrumentalisation de la science. Depuis les méthodes se sont affinées, la corruption du savoir a pris un tour plus feutré. Plus besoin de créer des organismes de recherche aux noms ronflants pour faire diversion. On trouve désormais nombre de chercheurs empêtrés dans les liaisons dangereuses au sein même d’organismes officiels telle l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui compterait parmi ses experts 59% en conflit d’intérêts.

Exemple de ce modus operandi ? Le « mystère » de la ruche vide, alors que les premières hécatombes d’abeilles coïncident avec le déploiement à grande échelle de nouveaux insecticides systémiques. Douze ans après, on tergiverse encore autour du déclin des pollinisateurs pour ne pas bannir l’usage de ces neurotoxiques. Le doute ainsi créé permet de gagner du temps -et beaucoup d’argent- avant que les instances décisionnaires ne se réveillent.

Qu’en est-il des  « controverses » dûment entretenues autour des perturbateurs endocriniens (comme l’omniprésent bisphénol A) qui désignent toute substance extérieure à l’organisme venant perturber l’équilibre hormonal ? Ce sont les mêmes méthodes de détournement de la science à des fins mercantiles qui priment. Avant de réglementer, et revoir une toxicologie réglementaire basée sur la doxa  obsolète ‘c’est la dose qui fait le poison’, on régente d’autres études financées par l’industrie. Fabriquer  de l’incertitude, décrédibiliser le principe de précaution pour continuer à engranger des profits, peu importe les conséquences sur la santé ou les dégâts environnementaux.

C’est ainsi que la force de persuasion de l’argument scientifique permet de faire passer « un poison pour un remède, une servitude pour une liberté, un péril certain pour un progrès possible » dans ce monde digne de 1984 tel que décrit par Stéphane Foucart.


(1) Terme utilisé dans les Tobacco Documents (13 millions de documents secrets versés dans le domaine public suite aux poursuites de 46 États américains contre les majors de la cigarette –  legacy.library.ucsf.edu)


Éditions Denoël, collection Impact, 304 pages, 17 € – www.denoel.fr
Contact presse : Nathalie Prat. Tél.: 01 44 39 73 73 – presse@denoel.fr
Anneli Airaksinen

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