Le Revenu d’existence universel en débat

Dans toute proposition de l’écologie politique, nous devrions voir mis en évidence son aspect environnemental. Appliquons cette grille de lecture au Revenu d’existence universel qui a fait l’objet de la motion ponctuelle n° 4 pour le congrès EELV en 2013.

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par Michel Sourrouille

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Selon ce texte, ce revenu « se justifie comme un dividende reçu par chacun au nom de la propriété commune de la Terre et de ses biens ». Il s’agit donc d’une conception anthropocentrique et utilitariste. L’espèce humaine est considérée comme « propriétaire » de la Terre et peut donc user et abuser de ses richesses en toute liberté, sans limites préétablies, quitte à diminuer le capital naturel. En tant qu’écologistes, nous savons pourtant que les biens communs connaissent déjà un potentiel fortement dégradé qui nécessite en conséquence une pression moindre sur les ressources. L’expression monétaire de la satisfaction des besoins humains n’est validée que si elle est en adéquation avec les réalités physiques.

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De plus cette notion fait l’impasse sur qui doit bénéficier de cette « propriété commune de la Terre ». S’il s’agit, comme le texte l’indique, de la population en France, en Europe et en Suisse, il faut souligner qu’il s’agit de garantir un pouvoir d’achat à une fraction seulement de la population mondiale. Triste déviance  de l’idée de « propriété commune », il ne s’agit nullement en effet de mettre en place le REU pour « toute citoyenne et pour tout citoyen » comme l’affirme en conclusion cette motion. Remarquons que si ce REU était donné à tous les membres de la communauté mondiale, cela ne ferait sans doute que quelques euros par mois pour chaque Français, une somme dérisoire par rapport aux besoins du Français moyen.

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Cela invalide l’autre justification de ce REU, « permettre d’assurer un niveau de vie décent », qu’on soit chômeur, sans activité particulière ou même salarié (puisque ce revenu est considéré comme cumulable). Le problème, c’est que la notion de « vie décente » est un concept flou. Par exemple faut-il avoir un revenu suffisant pour s’acheter et entretenir une voiture, objet jugé souvent comme indispensable. Faut-il avoir aussi un portable, une carte bancaire, un ordinateur personnel et un lave vaisselle ? Notons que la définition actuelle de seuil de pauvreté est une notion relative au niveau général des revenus dans une société donnée. En d’autres termes, celui qui gagne le revenu social d’autonomie (RSA) en France peut être considéré comme très riche dans un autre pays.

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Analysons maintenant les modalités de cette mesure, un revenu « universel et inconditionnel ». Nous avons déjà montré pourquoi on ne pouvait pas considérer ce revenu comme « universel » puisque non dédié à la population mondiale. C’est une simple résurgence des utopies de l’abondance par la profusion des biens… pour l’égoïsme de certains qui se croient souverains dans leur île. Le REU veut ignorer ce qui est déjà son équivalent « inconditionnel », le revenu de solidarité active (RSA), qui est destiné à assurer un minimum d’au moins 493 euros mensuels aux personnes sans ressources ou disposant de faibles ressources. Il est vrai que la motion pose une définition très large des bénéficiaires du REU, « sans contrôle de ressources ni exigence de contre-partie ». Il permettrait donc à un éternel oisif de « vivre une vie décente » sans jamais rien donner en échange. C’est là une conception vraiment bizarre de la vie communautaire et de la solidarité humaine, c’est nier une loi de l’écologie, la réciprocité. En termes sociologiques, un don ne peut se concevoir sans un contre-don. C’est la triple obligation de donner-recevoir-rendre qui autorise, en créent un état de dépendance, la recréation permanente du lien social. En termes économiques, un REU sera une charge supplémentaire pour les travailleurs, ce qui est difficilement acceptable alors que les prélèvements obligatoires en France atteignent déjà des sommets et que les largesses sociales se font aussi en empruntant. Le REU fait enfin l’impasse sur ce qui existe déjà en France comme le minimum vieillesse, l’allocation d’adulte handicapé. Il s’agit de revenus attribués sous condition à des catégories de population exclues du marché du travail.

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Une telle motion d’un parti qui se dit écologiste semble donc irréaliste et incompréhensible. Prenons un dernier passage du texte, un revenu reçu du « fruit en partage des progrès techniques ». Sachant que ce sont les énergies fossiles qui ont permis non seulement l’explosion technologique, mais aussi le financement des avancées sociales et la profusion d’esclaves énergétiques, un tel texte oublie que la fin du pétrole marquera irrémédiablement la fin de l’abondance.

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