Massacres de requins à la Réunion : une histoire de gros sous, comme d’hab…

La mort tragique d’une jeune touriste, lundi 15 juillet 2013 à la Réunion, a provoqué des réactions totalement irrationnelles contre les requins, contre la réserve naturelle et contre la protection de la nature en général, occultant les causes réelles de l’accident : des histoires de gros sous, comme d’habitude, pour ne pas dire de corruption. Enquête en eaux troubles…

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par Marc Giraud
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Tous les scientifiques l’affirment : une « infestation » de requins est biologiquement impossible, pas plus qu’une savane ne peut être « infestée » de lions, car les prédateurs sont régulés par le nombre de leurs proies. Présents depuis 450 millions d’années, les squales sont les points d’équilibre des écosystèmes marins et les garants de la biodiversité. S’ils aimaient la chair humaine, nous n’aurions jamais pu mettre un seul orteil dans la mer…

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Pourtant, depuis 2011, la Réunion déplore 4 décès et 2 mutilés suite à des attaques de squales. Notons que ces accidents ont tous eu lieu en eaux troubles, donc en conditions risquées. L’Etat a mis en place un programme de recherches, CHARC, pour comprendre le phénomène. Mais les études demandent du temps, et quand il y a mort d’homme, les esprits s’échauffent et la raison se tait…

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La FFS (Fédération française de surf) demande l’extermination immédiate des requins « en surnombre ». La FFS est minoritaire chez les surfeurs, non légitime pour parler en leur nom, et très éloignée de l’esprit du surf, qui demande le respect des océans et de leurs habitants. Elle a déjà réclamé et obtenu l’abattage de requins, et contrairement à ce qu’elle a prétendu, cela n’a rien changé (l’expérience d’autres lieux, tel Hawaii qui a chassé le requin pendant 31 ans sans résultat, serait pourtant digne d’être entendue).
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Les chasseurs et les pêcheurs exigeant aujourd’hui des expéditions punitives contre les requins se sont vus privés de leur « terrain de jeu » avec la création de la réserve naturelle, et cherchent encore par tous les moyens à en annuler les contraintes. Quitte à prétendre que les scientifiques n’y connaissent rien et chassent les subventions, et que les écologistes sont de dangereux extrémistes néo-nazis détestant les humains. Les conseillers scientifiques sont bénévoles et les écologistes défendent l’avenir de l’humanité, mais « les cons osent tout, c’est à ça qu’on les reconnaît », disait Audiard…

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Or, l’association Sea Shepherd rappelle que le programme CHARC ne mentionne aucune surpopulation numéraire de requins. Les requins des récifs ont disparu à cause de la dégradation du milieu, mais les requins bouledogues, qui comptent parmi les espèces potentiellement dangereuses, sont apparus. La multiplication des amateurs de pêche, et des déchets de poissons qui en résultent, est une des explications de la présence de ces nouveaux prédateurs amateurs d’eaux polluées.
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La réserve naturelle n’est pas un « garde-manger » à requins, sa mise en place est trop récente et le milieu reste très dégradé. Les requins bouledogues ne s’installent pas dans les récifs coralliens en bonne santé. C’est la pêche sous-marine qui est responsable de la dégradation de l’écosystème et de la présence nouvelle de ces requins si près de la côte. Dès les années 1970, le conseiller scientifique Roland Troadec l’affirmait déjà et s’en inquiétait, mais les lobbies sont puissants et la mauvaise foi infatigable…

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Ce que les autorités ne disent pas, et qui est au cœur du problème, c’est la responsabilité des abattoirs dans la présence des requins. Pour faire des économies, les industriels jettent les carcasses à l’eau. Ceux qui font ces calculs financiers sont les plus directement responsables de la mort des surfeurs et des touristes, et il serait temps que les Réunionnais sachent la vérité.

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Voir cette enquête sur place de Jean-Jacques Seymour diffusée par Outremer le mag : http://outremerlemag.fr/index.php/societe/780-le-requin-a-tue-certes-mais-dites-la-verite-aux-reunionnais

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Enfin, il est clair que les enjeux sont d’abord mercantiles et politiques. Maire de la commune de Saint-Leu et député, Thierry Robert est un anti-requin primaire ainsi qu’un anti-écologiste notoire. Coutumier des arrêtés municipaux illégaux, il est responsable d’une urbanisation massive qui s’est affranchie des contraintes environnementales. C’est à lui que l’on doit les problèmes de ruissellement et les coulées de boue de 2012. Mais protéger ses ambitions et ses intérêts personnels semble bien plus important que de préserver le patrimoine naturel réunionnais. La mise à mort de la réserve lui permettrait de faire diversion tout en fidélisant les pêcheurs et les surfeurs, et continuer ses plans d’urbanisme sauvage. Les requins sont bien raisonnables comparés à un tel appétit…

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A lire, ce communiqué de Sea Sheperd.

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Voir aussi :

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/la-reunion-la-degradation-de-l-ile-favorise-les-attaques-de-requins_1259743.html

http://www.yves-paccalet.fr/blog/2013/05/10/requin-tueur-surfeur-tue-le-requin-ny-est-pour-rien/

http://www.aspas-nature.org/7229/chasse-aux-requins-a-la-reunion-victoire-juridique-des-associations/

http://www.franceinter.fr/emission-le-temps-dun-bivouac-francois-sarano-40-ans-dobservations-sous-marines

http://www.linfo.re/522645-Un-deuxieme-requin-capture-dans-la-baie-de-St-Paul

https://www.facebook.com/SeaShepherdFrance?fref=ts

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