Les écologistes maintiennent leur opposition : débat relancé en Algérie autour du gaz de schiste

Bien que la sous-estimation, voire l’ignorance, continue de dominer à propos des risques écologiques liés à l’exploitation du gaz de schiste, le débat, en Algérie, ne s’est jamais arrêté sur cette question même s’il n’est pas suffisamment médiatisé.

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par M’hamed Rebah
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Le gaz de schiste est maintenant systématiquement abordé dans quasiment toutes les rencontres ayant un rapport avec l’environnement et l’énergie. Les pro-gaz de schiste, essentiellement dans les institutions officielles ou à leur périphérie, ne cachent pas leur opinion, ce qui indique que les autorités sont décidées à aller vers son exploitation. On sait qu’une des raisons de la révision de la loi sur les hydrocarbures a été l’introduction de dispositions qui facilitent l’investissement dans les hydrocarbures non conventionnels.

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Tous les arguments sont bons quand il s’agit de faire admettre le gaz de schiste par l’opinion publique et les partisans de son exploitation ne se privent pas de les brandir : c’est un choix incontournable pour la satisfaction des besoins futurs en énergie (entraînés par la croissance démographique et l’augmentation de la consommation d’électricité) ; les quantités d’eau nécessaires à l’exploitation du gaz de schiste ne seraient pas énormes, de même que les risques liés à l’utilisation de produits chimiques dans le procédé de fracturation hydraulique ; création d’emplois (quelque 100.000 nouveaux emplois) ; le rendement des gisements est bon; le niveau de qualification du personnel de Sonatrach qui va s’y engager. Ces arguments ont besoin qui ne sont pas évidents, doivent être vérifiés et débattus.

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Quand les députés ont cherché à être informés sur les impacts qu’aurait l’exploitation du gaz de schiste sur l’environnement et particulièrement sur les nappes phréatiques, des propos rassurants leur ont été tenus par les ministres concernés : notre pays aurait les capacités de prévenir une éventuelle catastrophe ; il n’y aurait aucun risque sur notre eau «ni en quantités ni en qualité». «Une option pour le très long terme», avait indiqué le Premier ministre Abdelmalek Sellal, on s’en souvient, tempérant ainsi les ardeurs qui se sont manifestées, de façon parfois euphorique, chez les pro-gaz de schiste. Rien ne presse. Jusque là, la seule expérience concrète d’exploitation des gaz de schiste, celle des Américains, n’incite pas tellement à les imiter.

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En France, l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST) vient de présenter un rapport d’étape sur les « techniques alternatives à la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste ». Selon l’avis des écologistes, ce rapport fait l’apologie de la fracturation hydraulique, aujourd’hui jugée comme technique « la plus efficace et la mieux maîtrisée pour extraire les hydrocarbures non conventionnels » et ses auteurs mettent tout en œuvre pour ouvrir la porte à l’extraction des gaz et huiles de schiste. Des écologistes français déplorent tout d’abord la volonté des parlementaires en charge de ce rapport, de réduire le débat à une simple question de technique d’extraction alors que la problématique des gaz de schiste est bien plus large, puisqu’il a été scientifiquement prouvé, font-ils remarquer, que l’exploitation des gaz et huile de schiste entraîne des fuites de méthane, en partie à l’origine du réchauffement climatique.

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En Australie, le gouvernement projette d’interdire les extractions de gaz de schiste sous la Grande Barrière de Corail, plus grand récif corallien du monde, de nouveau menacé. L’impact environnemental que causerait l’extraction du gaz de schiste a inquiété les associations de défense de l’environnement, le Comité du Patrimoine Mondial de l’Unesco mais également le gouvernement australien.

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Cet article a été publié dans le quotidien algérien Reporters.

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