« Au nom de la terre », documentaire sur et autour de Pierre Rabhi

Le documentaire sur et autour de Pierre Rabhi, réalisé par Marie-Dominique Dhelsing, est au cinéma depuis le 27 mars 2013.

par Michel Cros

Rabhi
Au nom de la terre est un film sur « les possibles de l’utopie » humaine. Certes, le spectateur retrouvera Pierre Rabhi dans son rôle principal d’humaniste-militant et écrivain-paysan pour clamer sa révolution des consciences. Donc là, rien de nouveau… si ce n’est, anecdotes à l’appui,  cette insolite rencontre avec un mécène influent qui va radicalement déterminer la carrière de Pierre, propulsé « premier agroécologiste français »,  jusqu’à faillir devenir ministre en Afrique…


Pourtant, le héros de cette œuvre lyrique tout au long de la projection, n’en reste pas moins ce  « colibri », fer de lance de la philosophie rabhienne, qui fait « sa part pour sauver la planète » et qui sommeille en chacun de nous, n’attendant qu’à s’éveiller et s’émerveiller à la vie.  En moins d’une heure trente minutes, la rencontre cinématographique avec Pierre va nous dépeindre comment tout être humain peut devenir Monsieur ou Madame Colibris. Et c’est là qu’intervient justement l’initiateur de « Oasis en tout lieu » dans les scénarios de notre épopée utopiste dans cette civilisation technologique.


Tout d’abord, l’épopée africaine avec Gorom-Gorom une ville (actuellement de 12000 habitants) où le paysan de l’Ardèche va, de 1981 à 1989 poser les premières graines de l’agroécologie au Burkina Faso, durement meurtri par les grandes sécheresses des années 70. En l’espace de quelques années, ce campement hétéroclite de paysannerie et de voyageurs étrangers curieux comme René Dumont va devenir la plaque tournante de la formation agroécologique de la planète et le premier ferment de l’ensemencement des consciences.


L’épopée roumaine où comment rendre une autonomie économique à un monastère orthodoxe qui pourra devenir un lieu de formation agroécologique pour tout le pays. Mais aussi l’épopée française avec l’utopie des Amanins où le défi d’une éco-entreprise économiquement fiable respectueuse de la nature installée dans la Drôme où enfants comme adultes apprennent, à partager autour d’une ferme et école, un savoir faire indispensable à une vie non violente dans notre société.


Et bien sûr l’épopée familiale Rabhi ancrée dans son fief ardéchois du petit hameau du Buis. C’est l’utopie de 4 générations vivant, au contact des animaux, des enfants et des anciens, racontée par la fille de Pierre qui a également créé une école à la ferme où les valeurs humaines de la communication non-violente sont privilégiées.


Le film donne aussi la parole aux pionniers de l’agriculture biologique comme Philippe Desbrosses qui se rappelle le mot d’ordre d’un vieux professeur agronome « il faut qu’on réapprenne tout le contraire de ce que nous avons appris »… et aux amis mécènes tel Michel Valentin, sans qui le projet des Amanins n’aurait pas vu le jour.


Utopie de l’écrivain-paysan aussi qui tente de transmettre sa passion de la terre au lecteur à travers ses lignes inscrites sur le papier comme des sillons d’un labour. Utopie jubilatoire enfin du philosophe Edgar Morin qui donne le ton à la fin du film et lève le voile sur ce pseudo-réalisme dans lequel s’est englué l’être humain pour nous en faire découvrir « des possibilités ». Qui aurait dit qu’un jour Monsieur Colibri serait entendu par la FAO ? Nourrir la planète avec l’agroécologie est maintenant une utopie devenue possible.


Cet éloge de cette pseudo-utopie semble avoir été portée à l’écran comme une transgression, pour un hymne à la vie.

CANARD SAUVAGE
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