OGM : non aux chimères génétiques chimériques

Nous pouvons avoir une lecture journalistique de l’étude initiée par Gilles-Eric Séralini : un militant qui s’amuse avec des rats, contre des bio-ingénieurs pro-OGM remplis de certitudes industrielles.

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par Michel Sourrouille

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Le pugilat, c’est bon pour l’audience. Nous avons traité cet aspect dans notre dernier post, OGM, le débat pour ou contre. Cela peut nous éclairer, mais nous restons limité à une étude précise de toxicologie sur les OGM. Or une interrogation particulière doit toujours être replacée dans un contexte global. Il faut acquérir une approche holistique, systémique, s’intéressant au tout et non à la partie.

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Le débat OGM permet d’abord de réfléchir sur le double sens de chimère. Dans la mythologie, c’est un monstre fabuleux, tête et poitrail du lion, queue d’un dragon. Mais c’est aussi une illusion, une imagination vaine. En 1985, la première plante génétiquement modifiée est une tomate résistant au Roundup puisqu’on y a « greffé » le gène de résistance au glyphosate d’un microbe issu d’un bassin de dépollution. Il ne faudrait donc plus dire OGM, il faudrait dire chimère, transgression de la barrière des espèces, organisme entièrement nouveau bricolé par l’homme.

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Cela pose donc un problème philosophique, l’homme peut-il se prendre pour dieu et créer d’autres formes de vie ? Y a-t-il des limites à l’application de nos connaissances techno-scientifiques ? Il nous semble que c’est un projet de toute façon chimérique. La manipulation du vivant par l’homme se heurte à la complexité des interrelations entre les espèces.

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Le succès de la génétique moderne repose sur des promesses intenables d’avancées alimentaires ou thérapeutiques, elles-mêmes fondées sur une vision simpliste et mécaniste du vivant. Les gènes ne correspondent pas à une seule protéine et une seule fonction, ils ont un fonctionnement corrélé et complexe dont la place sur un chromosome peut influencer considérablement la variabilité de l’expression. Dès lors la modification génétique a des effets imprévisibles dont l’analyse est trop complexe pour qu’on lance dans la nature des objets de recherche inaboutis. La possibilité existe d’ailleurs d’une dissémination aux plantes sauvages ou d’une contamination des autres semences: le bio et les chimères transgèniques ne peuvent durablement coexister. Autre menace, les prédateurs, par sélection, deviennent résistants aux pesticides secrétés par les OGM et encore plus pathogènes.

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Au-delà du nécessaire principe de précaution, il faut constater que les plantes trans-géniques ne sont pas nées de la demande des agriculteurs et des consommateurs, mais bien de l’offre imposée par les industriels de la semence. La culture à grande échelle des OGM, qui nécessite des connaissances spéciales et des moyens techniques, contribue à la mort des petits paysans et à l’exode rural. Cet aspect là n’est jamais envisagé par les bio-ingénieurs, qui préfèrent souvent utiliser des arguments chimériques, éradiquer la faim dans le monde ou lutter contre le réchauffement climatique. Certains adeptes des biotechnologies végétales médiatisent la vulgate contemporaine. Ainsi quarante scientifiques français signent une lettre ouverte* résolument non scientifique, parlant de  compétitivité, de l’avenir de la recherche française, de l’expatriation des chercheurs… si on ne soutient pas les OGM ! Ils ne savent même pas que le rendement des OGM n’est pas celui qui était escompté.

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La poursuite des chimères technologiques est une manière de reculer le moment où il faudra abandonner la civilisation thermo-industrielle. Mais plus nous attendrons, plus les modalités du changement seront douloureuses. Plutôt que de cultiver des espoirs chimériques, il faudrait retrouver les éléments d’une agriculture durable, plus proche de l’agriculture biologique que des chimères transgéniques.

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* Le Figaro, 11.01.2008

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CANARD SAUVAGE
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