Rio+20 : quand agriculture biologique rime avec productivité

« Les sujets que nous abordons aujourd’hui sont préoccupants, mais nous avons des solutions enthousiasmantes. » C’est avec ces mots que Philippe Desbrosses, pionnier de l’agriculture biologique en France, a ouvert une table ronde sur l’agroécologie,  lundi 18 juin à Rio de Janeiro, à quelques encablures du sommet des Nations Unies sur le développement durable.

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par Sara Sampaio

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L’événement s’inscrivait dans un colloque de deux jours organisé par le sociologue et philosophe Edgar Morin, « La Terre est inquiète ».

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Philippe Desbrosses (au centre) à la table-ronde sur l'agro-écologie - Rio, 18 juin 2012 - ©Desjeux

« Nous pouvons nous passer d’aéronautique, d automobile, d’appareils ménagers, mais pas de manger. Or, le modèle actuel d’agriculture intensive ruine la planète, a dénoncé Philippe Desbrosses. 73 % de l’eau potable pompée est destinée à l’agriculture, car les engrais chimiques sont des engrais solubles qui demandent beaucoup d’eau. Il faut investir 300 unités d’intrants pour 100 unités de nourriture. Notre système de production est en faillite. »

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Pour inverser la « machine infernale », l’écrivain appelle à donner toute sa place à l’agroécologie, aux agricultures familiales et à l’agroforesterie.  « C’est la revanche des petits paysans ! Ils sont la clé de notre avenir grâce à leur savoir-faire », explique-t-il.

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Une idée largement répandue veut pourtant que les modes de production « naturels » ne peuvent pas suffire à nourrir la planète en raison de rendements trop faibles. Une étude américano-canadienne publiée en avril 2012 dans la revue scientifique Nature montre que l’agriculture biologique produit un rendement à l’hectare inférieur de 25 % en moyenne à l’agriculture conventionnelle, avec un écart allant de 5 % pour certains fruits à 34 % pour certaines céréales.

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Et pourtant, l’agroécologie, qui combine développement agricole et protection de l’environnement, obtient des résultats étonnants en matière de productivité, tout en minimisant les intrants. La journaliste Corinne Lalo en sait quelque chose. Elle a filmé une technique de plantation du riz permettant de multiplier par deux, trois ou quatre fois les rendements habituels.

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Le procédé SRI (pour système de riziculture intensive) est simple en théorie. Le riz est semé puis repiqué à 8 jours, au lieu de 30 jours. A 8 jours, les deux premières pousses du plant sont déjà sorties de terre. Ce sont elles qui portent la plus grosse partie de la production future du plant. Elles sont donc repiquées en rizière avec mille précautions. En production traditionnelle, les plants sont prélevés plus tardivement, quand ils forment des bottes. Ces dernières sont battues avant repiquage, un procédé qui abîme de manière irréversible les premières pousses porteuses de la productivité de la plante. Le plant repiqué à 8 jours donnera ainsi 28 tiges, celui repiqué à 30 jours, 18 seulement.

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« Comme toutes les innovations, cette technique a une contrepartie, explique Yvonnick Huet, directeur d’Agrisud. Elle épuise le sol. Le sol produit de manière intensive, ce qui impose de le nourrir aussi de manière plus intensive. » Il faut par ailleurs au moins trois ans aux agriculteurs pour la maîtriser.

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En revanche, le SRI permet de diminuer de 6 tonnes par hectare et par an les émissions de gaz à effet de serre. « Le système de culture traditionnel émet 6 tonnes par hectare par an, le SRI : zéro tonne », autrement dit un bilan très satisfaisant, mis en évidence par une étude de l’IRD (Institut de recherche pour le développement) et de l’université d’Antananarivo, à Madagascar, souligne Yvonnick Huet.

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Au Brésil, pays hôte du sommet sur le développement durable, l’agriculture familiale produit une part importante de la production alimentaire (70 % du riz, notamment, selon des chiffres de 2009 de l’IBGE, l’institut de statistiques brésilien). Mais cette agriculture se saisit très peu des techniques de l’agroécologie. « Le gouvernement soutient massivement l’agriculture familiale, mais dans le sens de la modernisation technologique, pas dans celui de l’agroécologie »,  regrette Paulo Petersen, de l’association brésilienne Agricultura Familiar e Agroecologia (ASPTA).

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Sur cette table-ronde, lire aussi la chronique de Bernard Desjeux.

 

 

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