Compte-rendu du petit déjeuner des JNE sur la lutte contre la biopiraterie

Les JNE ont organisé le 10 mai 2012 un petit déjeuner sur la biopiraterie à la mairie du 2e arrondissement de Paris.

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par Nathalie Giraud

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Petit déjeuner JNE sur la biopiraterie : de g. à dr., Nathalie Giraud (JNE ), Pierre Johnson, Claudie Ravel

Petit déjeuner JNE sur la biopiraterie : de g. à dr., Nathalie Giraud (JNE ), Pierre Johnson, Claudie Ravel, Daniel Joutard - photo Laurent Samuel

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Les trois intervenants

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Pierre Johnson, auteur du livre Biopiraterie, quelles alternatives au pillage des ressources naturelles et des savoirs ancestraux ?, Editions Charles Leopold Mayer (2012). Il participera à l’organisation d’une table-ronde à Rio+20 avec le Collectif français de lutte contre la biopiraterie.

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Claudie Ravel, fondatrice de Guayapi Tropical (compléments alimentaires, plantes et cosmétiques), lutte contre la biopiraterie en valorisant les cultures et savoirs des peuples d’Amazonie et du Sri Lanka.

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Daniel Joutard, fondateur de la marque de cosmétiques bio Aïny, mène des activités de recherche et développement tout en developpant des alternatives à la biopiraterie avec les organisations autochtones du Pérou et d’Equateur.

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La biopiraterie est l’exploitation des ressources biologiques et des savoirs ancestraux, sans compensation pour les peuples autochtones. Autrement dit, les industries des secteurs cosmétique, pharmaceutique et alimentaire s’approprient les plantes du monde et les savoirs ancestraux sans partager équitablement avec les peuples locaux.

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« La biopiraterie est un déni du travail millénaire de millions de personnes et de cerveaux travaillant pour le bien de l’humanité ».
 Vandana Shiva

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Claudie Ravel

La mission de Guayapi Tropical : valoriser les cultures traditionnelles


Pour que ces peuples d’ailleurs profitent de leur patrimoine et que celui-ci devienne un levier pour le commerce équitable ou tout autre entreprenariat social, certaines entreprises occidentales misent sur la revalorisation des plantes issues des terres d’origine. C’est le cas de Guayapi Tropical, marque de compléments alimentaires et cosmétiques fondée par la française Claudie Ravel, qui a lancé le guarana du Brésil sur le marché européen en 1990.

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Sa démarche est entièrement tournée vers le juste partage des échanges et vers l’évolution des organismes certificateurs qui protègent les écosystèmes, les savoir faire traditionnels, le renouvellement des terres déboisées ou encore la transformation des exploitations en bio, comme c’est le cas avec FGP (Forest Garden Products) : organisme présent en Asie (Sri Lanka, Philippines…) et en Amérique Latine (Amazonie, Mexique…), mais aussi en Europe et aux USA. La devise de FGP, programme planétaire de restauration des écosystèmes en commerce équitable : Epanouir l’homme, tout en restaurant la nature, devise qui accompagne les 7 principes fondamentaux d’une charte éthique exigeante.

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Le Warana, qui est le nom d’origine du Guarana (plante aux multiples vertus), est valorisé par Guayapi Tropical dans les meilleures conditions. Claudie Ravel et ses collaborateurs travaillent avec les producteurs sur place : les indiens Sateré Mawé en Amazonie, et le chef, Obadia Batista Garcia ira à Rio+20 défendre sa culture. Ce Warana est devenu un produit sentinelle Slow Food.

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www.guayapi.com

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Daniel Joutard


La priorité pour la marque Aïny :protéger la biodiversité


Daniel Joutard, fondateur de la marque de cosmétiques Aïny, a une démarche bien particulière et très subtile : il ramène des trésors du Pérou et d’Equateur dans son propre laboratoire de recherche. Et pour empêcher les brevets sur ces plantes sacrées comme l’Ashioté, il publie ses recherches dans le domaine public, ce qui devient un bien commun ! Les cosmétiques Aïny sont une référence. Labellisés Cosmébio et certifiés Ecocert, 100 % des actifs sont bio et toutes les plantes utilisées, bien connues des ethno-pharmacologues, sont avant tout le patrimoine de plusieurs peuples. Les Achuars dans la Haute-Amazonie, les Queshuas de la Vallée Sacrée du Pérou, les Ashaninkas et les Yaneshas en Amazonie péruvienne livrent leurs secrets et en retour, 4 % du chiffre d’affaire des ventes sont reversés à l’organisation du pays, en plus du commerce équitable.

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Et pour Daniel Joutard, le commerce équitable est un minimum. Mais toutes les marques qui travaillent avec les principes du commerce équitable sont sur la voie pour favoriser les populations locales en retribuant de manière plus juste et plus durable. 
Daniel Joutard se base entre autres sur les principes du modèle des trois cercles élaboré par lui :

1. La demande d’un consentement préalable avant tout accord commercial avec les groupes et organisations représentatives de chaque peuple indigène.

2. Le paiement d’un prix juste aux producteurs sur la base du commerce équitable. Pour sa part, le paiement de 4 % du chiffre d’affaires du produit fini utilisant l’ingrédient.

3. Le refus de déposer tout brevet sur les plantes utilisées et sur tout procédé d’extraction ou de transformation s’y rattachant, ainsi que la protection des savoirs traditionnels sur ces espèces par la publication des recherches dans une revue scientifique.

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www.ainy.fr

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Pierre Johnson



L’emblématique cas du Neem

Il a expliqué l’emblématique cas du Neem : 
cet arbre indien a failli être breveté 64 fois en 1990 par un géant de l’agrochimie, W.R. Grace, et par plusieurs autres entreprises privées. La situation a montré les effets pervers de l’appropriation des ressources : le prix des graines de l’arbre avait tellement augmenté que les populations locales ne pouvaient plus l’utiliser, alors qu’il sert comme huile pour la peau, l’alimentaire ainsi que pour l’éclairage et le chauffage. La société civile s’est alors mobilisée devant ce scandale, accompagnée par la communauté internationale et des députés verts européens pour faire annuler un brevet. Ainsi, les savoirs traditionnels et ancestraux ont pu être reconnu.

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Il a expliqué le contexte complexe dans lequel fonctionnent les entreprises éprises de biopiraterie dans les autres pays riches en biodiversité : les savoirs autochtones et locaux ont révélé aux industries de nombreux principes actifs largement répandus comme la quinine. Mais ces entreprises négligent trop souvent le facteur humain propre à ces écosystèmes à haute biodiversité. L’absence de respect de certaines entreprises pour le savoir accumulé des peuples locaux se traduit donc par des actes qualifiés de biopiraterie. Phénomène aggravé lorsque des connaissances sont reprises sans informer ces derniers ni en obtenir le consentement pour l’enregistrement des brevets ou des marques commerciales. 
Il a donné l’exemple de la marque Argane du laboratoire Pierre Fabre qui utilise l’arganier, arbre endémique du Maroc.

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Un dialogue possible entre les savoirs traditionnels et la recherche moderne.
 Plus d’un médicament sur deux est produit à partir de substances naturelles. Le dialogue des savoirs sur la biodiversité soulève aujourd’hui moins de questions pratiques que d’enjeux éthiques et juridiques, puisque cet échange a lieu depuis plusieurs siècles.

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.De l’espoir du côté de Rio+20 ?


Une convention internationale a été signée au Sommet de la Terre à Rio en 1992, notamment par la France et 167 autres pays. Ce qui a permis la reconnaissance de la valorisation de la biodiversité et sa protection. Mais cela n’a pas suffi pour instaurer un commerce plus équitable entre les communautés locales et les entreprises. En revanche, c’est peut-être cette année que tout va se jouer. Rio+20, la suite du Sommet de la Terre (Conférence des Nations Unies sur le développement durable), a lieu du 20 au 22 juin, et un atelier sur la biopiraterie est organisé avec le Collectif français de biopiraterie et des partenaires internationaux.

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Pour contacter Nathalie Giraud : nathalie.giraud65@sfr.fr

 

Sur ce petit déjeuner, lisez aussil’article de Roger Cans en cliquant ici.

 

 

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