Mal protégée, peu rentable : le paradoxe de la forêt française décrypté par un colloque des JNE

Plusieurs dizaines de personnes (chercheurs, forestiers, syndicalistes, responsables associatifs, journalistes…) ont participé le 11 février 2011 au colloque organisé par les JNE autour du thème : produire plus de bois sans détruire la forêt, utopie ou véritable défi écologique ?

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par Laurent Samuel

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La grande originalité de ce colloque aura été de croiser deux débats d’actualité qui sont d’ordinaire abordés séparément : celui de la protection de la forêt, menacée, selon de nombreux syndicalistes et écologues, par les orientations « productivistes » de l’ONF (Office national des forêts) ; et celui de la valorisation du bois-énergie, afin de remplir les objectifs européens sur les énergies renouvelables. Or, on constate que la situation actuelle ne satisfait personne, puisque la filière bois-énergie stagne tandis que l’écologie est insuffisamment prise en compte dans la gestion forestière.

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Après un message de bienvenue de Gilles Lecuir au nom de Natureparif, qui hébergeait le colloque, Bernard Boisson, photojournaliste (JNE), a présenté un superbe montage audiovisuel sur la forêt, histoire de nous rappeller que celle-ci n’est pas seulement une question de chiffres et de technique, mais aussi de sensations et d’émotions.

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Le débat a ensuite été cadré par Daniel Vallauri du WWF, qui nous a donné quelques éléments de base sur la forêt française.

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Puis Jacques Le Héricy, directeur de l’environnement et du développement durable à l’ONF, a présenté, face à une assistance quelque peu sceptique, la politique « verte » de l’ONF, élaborée en concertation avec France Nature Environnement. Un exposé plutôt optimiste, handicapé par un Powerpoint trop riche en chiffres et en acronymes inconnus des non-spécialistes (on a ainsi appris que les TGB sont les très gros bois…).

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L'écologue Jean-Claude Génot (à g.) avec Marie-Stella Duchiron, lors du Colloque des JNE sur les forêts du 11 février 2011 - photo Richard Varrault

Pour l’écologue Jean-Claude Génot, chargé de mission auprès du Parc national des Vosges du Nord (et membre des JNE), le « verdissement » de l’ONF n’est qu’un leurre, puisque la France ne compte aucune réserve forestière intégrale. Pire, dans un rapport sur la gestion durable des forêts publiques, l’ONF préconise une « décapitalisation raisonnée » des massifs, autrement dit des abattages systématiques. Selon ce chercheur, la sylviculture tend de toute façon à réduire la biodiversité.

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La politique de l’ONF est également au centre des critiques d’Adrien Ochem, du SNUPFEN, principal syndicat forestier. Selon ce syndicaliste, la forêt publique française est menacée du fait de l’abandon de la gestion multifonctionnelle, prenant en compte non seulement la production, mais aussi ses fonctions sociales et écologiques. Contre le « produire plus » prôné par la direction de l’ONF, et qui se concentre sur quelques massifs, notamment ceux du nord-est de la France, Adrien Ochem défend le « produire mieux ». D’après Adrien Ochem, la production de bois des forêts publiques a augmenté de 30 % en 30 ans, tandis que les recettes … baissaient de 35 %.

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Changement de registre avec Marie-Stella Duchiron, experte forestière, qui, exemples allemands et bretons à l’appui, montre qu’une gestion forestière respectueuse des écosystèmes peut tout à fait se révéler rentable sur le plan économique. A condition de procéder à des études fouillées, et de considérer la sylviculture comme une science et non pas comme un mode de traitement.

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Roger Cans (JNE) entouré de Marie-Stella Duchiron (experte forestière) et Jacques Le Héricy (ONF) au cours du colloque des JNE du 11 février 2011 - photo Richard Varrault

Un débat s’engage alors, orchestré par Roger Cans, journaliste (JNE) qui suit depuis longtemps les questions forestières. Les problèmes de la forêt privée (2/3 des surfaces), dont plusieurs intervenants regrettent l’absence d’un représentant à la tribune, sont entre autres abordés, ainsi que les baisses d’effectifs à l’ONF.

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Après la pause déjeuner, le colloque reprend avec Franck Mainard, directeur général de Métropole Biomasse Energy, qui déplore la faible place (80 000 tonnes seulement) du bois-énergie en Ile-de-France, qu’il explique notamment par les difficultés de transformation et de transport du bois pour le rendre disponibles aux chaufferies.

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De son côté, Brice Lefranc, représentant de l’interprofession de la filière bois en Ile-de-France, souligne que ce secteur (construction et énergie confondus) ne contribue qu’à un emploi sur 100 dans la région et rappelle qu’au niveau national, la filière bois accuse un déficit de 6,7 milliards d’euros.

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En contrepoint de ces sombres considérations, Anne-Catherine Loisier, vice-présidente du Parc naturel régional du Morvan, explique que sa Charte forestière associe près de 300 entreprises, et que sa gestion concilie protection et production, notamment de pin Douglas, dont la Bourgogne est le deuxième producteur national.

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Enfin, Aline Salvaudon, chargée de la mise en oeuvre de la Charte forestière du Parc naturel régional du Luberon, fait le point sur le développement des chaufferies au bois sur le territoire du Parc, avec deux sites-pilote à Niozelles-Villeneuve et Roussillon-Groult.

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Au cours du débat final, quelques idées-force se dégagent :

– on ne gouverne pas avec des slogans, le « produire plus pour protéger plus » étant, comme l’a souligné dès le matin le journaliste (JNE) et éco-géographe Christian Weiss, le pendant du « Travailler plus pour gagner plus » de l’actuel Président de la République ;

– l’industrie doit s’adapter à la forêt et non le contraire ;

– une approche territoriale est essentielle, afin d’adapter ressources et besoins locaux.

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