La nature, un enjeu trop souvent oublié


par Danièle Boone

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Un colloque sur le renard organisé par l’ASPAS, le lynx au programme de notre prochain congrès dans les Vosges, et voilà comment est née l’idée de cet édito qui pourra paraître décalé à certains, vu l’actualité politique et la nomination de Nicolas Hulot comme ministre de la Transition écologique et solidaire.

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Et pourtant nous sommes là, au cœur du vivant, un enjeu essentiel mais globalement ignoré par nos gouvernants. Ces prédateurs qui occupent une place capitale dans la chaîne du vivant agitent depuis toujours nos émotions. Les « féroces », les « méchants », les « mangeurs d’hommes », les « dévorateurs de troupeaux », en vérité, les mal-aimés, les indomptables, les images de la variété de la vie, les plus beaux symboles de la liberté, comme dit Yves Paccalet, nous tendent un miroir sans concession pour qui ose regarder l’image en face.

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Tout ce qui gêne l’humain est susceptible d’être exterminé. Notre cher Goupil gagne la palme en matière de persécutions. Tout est bon pour lui : tirs, piégeages, déterrages. Quelque 500 000 animaux sont détruits chaque année mais les populations du rouquin rusé se maintiennent, au grand dam (ou au grand plaisir ?) de ses ennemis jurés qui multiplient les traques 365 jours et nuits par an ! Au Luxembourg et dans le canton de Genève, où il est désormais interdit de le chasser, aucune pullulation de l’espèce n’est en vue contrairement aux prédictions alarmistes des chasseurs. Et aujourd’hui, force est de reconnaître que le renard est utile : il nettoie les campagnes en mangeant les animaux faibles ou malades et détruit les rongeurs devenant ainsi un auxiliaire important des agriculteurs, comme l’a remarquablement démontré un éleveur au cours du colloque renard. D’ailleurs son capital sympathie est en hausse constante.


Le lynx, quant à lui, connaît une histoire à rebondissements. Réintroduit avec succès dans les Vosges françaises, il en a redisparu à cause d’un braconnage constant, pour finir par être de nouveau réintroduit en 2016, mais… chez nos voisins, dans la réserve de biosphère Pfälzerwald-Vosges du Nord. Ce bel et élégant félin souffre sans aucun doute de son statut de grand prédateur. Il est heureusement présent dans le Jura et les Alpes.


Quant au loup, revenu naturellement en France en 1992, l’État lui-même autorise une pression de prélèvements si forte que cette espèce protégée peine à maintenir ses effectifs, ce qui a été confirmé dans l’expertise scientifique ONCFS/MNHN commandée par le ministère en 2016 sous la pression des associations, et remise le 24 mars 2017. Pourquoi un tel et inutile acharnement à détruire ? Le loup est un dossier difficile de plus pour Nicolas Hulot, qui devra affronter les conséquences d’une politique royalement désastreuse, où la notion de cohabitation entre éleveurs et prédateurs sauvages avait entièrement disparu.


Remarquez la subtilité du vocabulaire. On ne tue pas, on prélève. Tout récemment, les animaux « nuisibles » sont devenus par le miracle des mots, des « animaux susceptibles de causer des dégâts ». Comme tout cela est joliment dit et comme c’est hypocrite ! Cette nouvelle formule peut prêter à toutes les dérives, car elle ne change rien ni au fond, ni dans les mentalités anti-nature. Ne devrait-on pas y inclure les humains ? L’homme dans sa course à la possession et à la domination n’accepte aucun partage. Il s’octroie sans concession toutes les richesses naturelles. Dans nos sociétés occidentales, 40 % de la nourriture est jetée, mais on ne tolère pas qu’un merle se délecte de quelques fraises ou qu’un frelon se désaltère du jus sucré des pommes.


Il est urgent d’accepter de partager notre territoire et nos ressources avec les animaux qui nous entourent. Avec eux, notre humanité pourrait grandir. L’idée reçue que dans la nature c’est le plus fort qui gagne a fait long feu, pourtant elle sert encore d’alibi à la compétition à outrance qui gouverne nos sociétés. Les scientifiques ont en effet montré que ce ne sont pas les luttes effrénées qui dominent dans la nature mais les coopérations, que ce soit au niveau des lichens, des mycorhizes, des bactéries ou des grandes espèces. Alors qu’attendons-nous ?


L’extermination des espèces se poursuit à toute allure sur les cinq continents et la course au profit détruit partout la beauté du monde. Qui parmi nos élus se soucie vraiment de l’avenir de notre planète… au-delà des élections ? Nicolas Hulot au gouvernement ? Ne serait-il pas surtout la bonne conscience écologique des politiques ? Depuis Chirac et le fameux « la maison brûle », inspiré par le même Hulot, on l’a vu côtoyer tous les présidents et nous sommes toujours en période électorale. L’avenir nous apportera la réponse.



Danièle Boone est journaliste spécialisée en nature.
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