Le droit de savoir

 


par Carine Mayo, vice-présidente des JNE.
Mayo-Carine

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Lundi 13 novembre, les familles des 641 élèves du collège Saint-Exupéry à Vincennes, en région parisienne, ont appris que cet établissement allait fermer jusqu’à la fin de l’année scolaire. A l’origine de cette décision, une pollution par des solvants chlorés retrouvée dans les sols. Cette pollution serait due à l’activité d’une fabrique de métaux, présente sur le site de 1900 à 1970. Même s’il n’y avait pas d’urgence sanitaire selon les autorités, la situation a été jugée suffisamment sérieuse pour que le principe de précaution soit appliqué et que le déplacement des élèves soit envisagé.

Ce n’est pas la première fois qu’une école de Vincennes doit fermer à cause d’une pollution d’origine industrielle. Fin 1999, le toxicologue Henri Pézerat avait alerté les autorités sanitaires suite à la révélation de trois cas de cancers d’enfants fréquentant la maternelle Franklin Roosevelt (1). Des analyses environnementales avaient alors montré que le sous-sol de l’école était pollué par des solvants chlorés, liés à la présence d’une usine Kodak de 1907 à 1986. Mais l’étude épidémiologique avait conclu à un simple hasard. Une conclusion contre laquelle s’était vivement élevé Henri Pézerat (2).

Grâce à sa ténacité et à celle du collectif de parents (3) qui s’était mobilisé alors pour obtenir la dépollution du site, on sait aujourd’hui que le cas de cette maternelle n’était pas isolé. Depuis 2007, une circulaire du ministère de l’Ecologie recommande de ne pas construire d’école sur des sites pollués. En outre, des diagnostics environnementaux des établissements accueillant des enfants ont été lancés par le ministère. Mais ces analyses ne sont pas accessibles au public. Les parents n’ont-ils pas le droit de savoir si leurs enfants sont exposés à des produits toxiques quand ils se rendent à l’école ? Et les riverains qui peuvent être eux aussi exposés à ces pollutions ne doivent-ils pas également être informés ? Devant le silence des autorités, l’association Robin des Bois (4) a d’abord publié en septembre une synthèse des diagnostics réalisés dans les Hauts-de-France et la région PACA, puis décidé de révéler ceux des écoles d’Ile-de-France, au lendemain d’une réunion d’information houleuse sur la fermeture du collège Saint-Exupéry à Vincennes. Pour obtenir ces résultats, Robin des Bois a dû insister en saisissant la CADA, la Commission d’Accès aux Documents Administratifs, merveilleuse institution qui permet à tout citoyen d’avoir accès aux informations d’ordre public. Puis, il a fallu les décrypter, les rendre compréhensibles par tous.

Dans ce document accessible en ligne (http://www.robindesbois.org/votre-ecole-est-elle-toxique-suite/) on apprend que sur les 685 établissements sensibles accueillant des enfants et des adolescents identifiés en Ile-de-France, seuls 163 d’entre eux avaient fait l’objet d’un diagnostic à la fin 2016, soit à peine le quart ! L’ampleur de la situation reste donc largement inconnue. On ne sait rien, par exemple, de l’état du sous-sol des écoles parisiennes. Mais les résultats décryptés par Robin des Bois montrent que le problème n’est pas à prendre à la légère : plus de 70 établissements situés hors Paris intra muros doivent faire l’objet d’une vigilance renforcée ainsi qu’une vingtaine de crèches parisiennes… du moins pour le moment, en l’état actuel des connaissances !

Tandis que Robin des Bois rendait publics ces résultats, à Vincennes, les parents des collégiens demandaient des explications. L’Agence Régionale de Santé d’Ile-de-France, le conseil général du Val-de-Marne et la mairie de Vincennes ont alors mis en ligne le diagnostic environnemental des sols du collège Saint-Exupéry, ainsi qu’une notice explicative des résultats obtenus. Pour l’instant, aucun lien entre la pollution de l’école maternelle et celle du collège n’est retenu, car le collège est situé à 1 km de l’école maternelle, en amont du sens d’écoulement de la nappe phréatique. Les autorités s’occupent surtout de l’urgence qui est de continuer à scolariser les 641 élèves du collège, ce qui n’est pas une mince affaire. Mais, le 21 novembre, elles ont décidé de procéder à des analyses complémentaires chez des riverains.

A quelques kilomètres de là, à Montreuil, les parents de l’école Jules Ferry se mobilisent également face à une usine, la SNEM, soupçonnée d’être à l’origine d’une pollution, alors qu’un cas de leucémie rare d’enfant a été décelé. Mais, le fait que l’usine soit encore en activité rend leur action plus difficile : certains d’entre eux ont été blessés par des policiers et menottés pour avoir bloqué l’entrée de l’usine.

Tous ces exemples montrent que les activités industrielles passées et présentes doivent faire l’objet de notre plus grande attention. Si la connaissance des risques environnementaux a progressé depuis une vingtaine d’années, elle est encore imparfaite. Et si le citoyen est reconnu comme un acteur clé de la santé environnementale (5) ce n’est souvent que sous la pression que les informations sont divulguées. Le droit de savoir n’est pas encore totalement acquis.

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Après la rédaction de ces lignes, le gouvernement a finalement mis en ligne les premiers résultats des diagnostics de pollution des sols dans les établissements sensibles (écoles et crèches), à consulter ici http://installationsclassees.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/ListeETSdiagnostiques20171124.pdf
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